La Russie à la conquête de l’Europe

[Analyse] (Europolitics, février 2015) Le Kremlin s’appuie en Europe sur de puissants réseaux chargés de relier ses intérêts et sa bonne parole. Les dirigeants russes sont bien plus à l’aise dans l’utilisation des mécanismes démocratiques occidentaux que les Européens ne le sont à tenter d’influer sur les arcanes du pouvoir du Kremlin.

Après le traumatisme des années 1990, où la Russie s’est sentie – à tort ou à raison – humiliée par l’avancée des valeurs occidentales dans son « étranger proche », les années Poutine constituent un véritable sursaut d’orgueil. Dans sa stratégie de reconquête de l’opinion publique mondiale, la Russie a décidé de jouer à armes égales avec Bruxelles et Washington. Elle utilise habilement les outils d’influence dont les démocraties libérales n’ont plus le monopole : investissements stratégiques, géants de la communication, médias inter- nationaux, soft power et lobbying politique. Jouant avec les faiblesses du système occidental et la montée des humeurs sociales anti-establishment, la Russie s’appuie amplement sur des médias « alternatifs » et une armée de militants (souvent rémunérés) sur les réseaux sociaux. La stratégie de communication du Kremlin a fait sienne la devise nietzschéenne selon laquelle « il n’y a pas de fait, seulement des interprétations. » A observer l’opinion publique européenne, force est de constater que l’arme du relativisme fonctionne.

Au point où il en devient erroné de parler de « camp occidental » tant les divisions sont de mise sur le discours à adopter face à Moscou. Le vieil adage romain « diviser pour mieux régner » s’applique à merveille à la politique russe sur le Vieux Continent. Malgré le climat guerre froide installé par la crise ukrainienne, l’Occident se méfie autant de l’influence russe qu’il en a besoin : sur des dossiers clés comme la lutte contre l’Etat islamique où le nucléaire iranien, la Russie reste un acteur incontournable. L’interdépendance économique fait également pencher la balance du côté du dialogue plutôt que de celui du conflit.

Un dialogue difficile, car les tensions Est-Ouest sont fondamentalement un conflit de valeurs. La vocation universaliste de la démocratie libérale et du capitalisme euro-atlantique est mise à rude épreuve sur le front eurasien. La politique russe est perçue par bien des Etats européens comme un impérialisme agressif, motivé par un révisionnisme historique. Cette vision n’est pas sans fondement. Mais si l’armée russe redessine les frontières à l’Est de l’Europe, la politique étrangère du Kremlin est révélatrice non pas de la puissance de la Russie, mais de sa faiblesse : celle d’un pays foncièrement incapable de construire un modèle de développement attractif pour ses « pays frères ».

L’UE, qui aurait là une carte à jouer, laisse passer sa chance. Elle pâtit des faiblesses de sa politique orientale, dont elle a sous-estimé l’impact géopolitique, et dont elle commence à peine à faire le bilan. Pendant ce temps, la Russie avance ses pions, dans son voisinage comme au cœur de l’UE.

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