En Pologne, trente ans après la chute du Mur de Berlin, la transition démocratique toujours en débat

Article publié sur Le Courrier d’Europe Centrale à l’occasion du 30e anniversaire de la chute du Mur de Berlin.

Les Polonais ont une obsession de leur histoire, aussi bien ancienne que récente. Comme peu d’autres nations, ils se plaisent à la ressasser et à la réécrire, comme si cette permanente révision pouvait fondamentalement améliorer leur condition présente. Une des théories récentes qui circule au sujet de la révolution du syndicat Solidarnosc des années 1980, et que ce fût une révolte essentiellement motivée par la dignité matérielle, plus que par de réelles revendications démocratiques, au sens occidental du terme. Après tout, les revendications des ouvriers étaient, à leur origine, d’ordre purement matériel, avant que des intellectuels comme Adam Michnik, Bronislaw Geremek où Jacek Kuron ne viennent y greffer les idéaux des Lumières.

Cette théorie expliquerait la popularité importante des ultraconservateurs du parti Droit et Justice (PiS), au pouvoir depuis 2015, en dépit de leur remise en cause des principes de la séparation des pouvoirs et de leurs manœuvres ostensiblement inconstitutionnelles. Grâce à la politique sociale d’ampleur que le parti de Jaroslaw Kaczynski a mise en place « en contrepartie », les portefeuilles des Polonais et les centres commerciaux géants qui parsèment le pays n’ont jamais été aussi remplis, et une majorité de la population semble indifférente aux imbroglios institutionnels autour de l’Etat de droit.

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Chaos dans le renseignement militaire polonais

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[Enquête 2/3] (Version longue de l’article du Monde, 19 juillet 2017)  Massivement contesté par la hiérarchie militaire (voir l’enquête « L’armée polonaise affaiblie par les purges du PiS »), le ministre de la défense polonais, Antoni Macierewicz, jouit d’une position d’intouchable au sein du gouvernement ultraconservateur. Si sa gestion de l’armée régulière est unanimement décriée par les spécialistes, celle des services de renseignements militaires l’est tout autant. Au point de susciter les plus vives inquiétudes des Alliés au sein de l’OTAN. Lire la suite

L’armée polonaise affaiblie par les purges du PiS

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[Enquête 1/3] (Version longue de l’article du Monde, 6 juillet 2017)  Alors que les problématiques de sécurité ont été au cœur de la visite de Donald Trump en Pologne, jeudi 6 juillet, la Pologne est-elle en passe de devenir le nouveau maillon faible de l’OTAN ? Démissions en cascade, programme de modernisation sous point d’interrogation… l’armée polonaise n’a pas échappé à la « révolution conservatrice » initiée par le parti Droit et Justice (PiS), depuis son arrivée au pouvoir, en novembre 2015. Une révolution menée d’une main de fer par le ministre de la défense, Antoni Macierewicz, une des personnalités les plus radicales et les plus controversées de l’équipe gouvernementale. Lire la suite

Pour lutter contre les populismes, un nécessaire changement de paradigme économique

« Tant que la forme de l’actuel capitalisme ne changera pas, des personnes de la sorte de Trump continueront d’arriver au pouvoir » argumentait le philosophe polonais Andrzej Szahaj, peu après l’élection de Donald Trump, dans les colonnes du quotidien conservateur polonais « Rzeczpospolita. » Selon lui, le terme de « populisme » utilisé à tord et à travers pour disqualifier d’emblée tous les arguments qui vont à contre-courant de la pensée économique dominante, est devenu « un outil de déni de réalité » pour de nombreux commentateurs. Lire la suite

En Pologne, l’Etat de droit n’est plus que théorique

[Analyse] (Le Monde, 10 février 2017)  Une présidente désignée dans des conditions douteuses, trois juges au statut incertain, trois décisions censurées par le gouvernement : le nouveau Tribunal constitutionnel polonais est devenu, aux yeux de la plupart des juristes, une anomalie juri­dique. Après un an de bataille, la majorité ­ultraconservatrice du PiS (Droit et justice) au pouvoir à Varsovie a réussi, en décembre 2016, à prendre le contrôle de la plus haute instance juridique du pays. Le parti a attendu que le mandat du président contestataire arrive à son terme pour le remplacer par une présidente proche du PiS. Lire la suite

Le populisme s’ancre profondément en Pologne

[Analyse] (Le Monde, 24 octobre 2016) « L’impossibilisme. » C’est par ce néologisme que le président du PiS (Droit et Justice), Jaroslaw Kaczynski, caractérise la démocratie libérale. Un aspect contre lequel son gouvernement a la ferme intention de lutter. Un an après l’arrivée au pouvoir du parti ultraconservateur en Pologne, et même si l’interdiction totale de l’avortement a été rejetée, rien ne semble impossible pour la majorité.

Son projet de réforme de la société polonaise a un caractère total : il concerne tous les aspects de la vie publique, de l’économie au social, en passant par l’école, la culture et l’histoire. Les contre-pouvoirs, au premier rang desquels le Tribunal constitutionnel, perçus comme des freins à la « révolution conservatrice », sont en voie d’être neutralisés. Même s’il faut, à coup de projets de loi votés au nom de la sacro-sainte « souveraineté populaire », enfreindre la Constitution polonaise. Lire la suite

Un mot sur le processus de « relance » de l’Union européenne

[Humeur] [Analyse] (15 septembre 2016, la veille du sommet de Bratislava) Regardons la réalité en face : je ne vois aucune volonté politique pour que la construction européenne fasse un quelconque « bond en avant », qu’il soit fédéral ou pas. Pas plus que je ne vois de volonté politique pour intégrer le « noyau dur » de l’Union, que ce soit à six ou à dix-neuf. Mais que Bruxelles se rassure : il n’y aura sans doute pas non plus – du moins dans l’immédiat – de renationalisation massive des politiques européennes. Non, ce à quoi on peut s’attendre, c’est à une sorte de statut quo constructif, qu’il faudra exploiter au mieux. Et c’est là, évidemment, que les problèmes commencent.

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Le match perdu de l’UE en Moldavie

[Reportage] (Europolitics, février 2015) En Moldavie, la Russie a tissé ses réseaux dans tous les domaines de la vie publique. L’UE essaye d’y accroître son influence. Sans succès.

La semaine précédant le carême orthodoxe, les visiteurs de l’aéroport de Chișinău ont eu le droit à un accueil haut en couleur. Dans le cadre des « Journées de la culture russe » organisées au sein de l’aéroport international, on pouvait y déguster des spécialités culinaires des rives de la Volga et sentir l’ambiance des danses folkloriques russes. Cette opération de communication, dans un lieu aussi symbolique que stratégique, n’est pas le fruit du hasard : depuis 2013, l’entreprise russe Komaks a obtenu une concession exclusive sur l’aéroport de Chișinău pour une durée de 49 ans. La société, basée en Sibérie orientale et présidée par un « ancien » officier des services secrets russes, a ainsi obtenu le monopole de la gestion des vols à destination et en provenance de l’UE, et ce alors même que le pays vient d’achever avec succès son processus de libéralisation avec le Vieux Continent. Ironie du sort, la transaction – dénoncée par les médias locaux comme non transparente – a été entreprise par un gouvernement soutenu par Bruxelles.

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